L'humanisme classique, et son impasse du 20ème siècle.

       

    Voici un exemple, bref mais instructif, d'accident historique. Avant de se réduire à un concept fourre-tout et flouté, l’humanisme occidental dit classique a été un mouvement culturel développé au 19ème et au 20ème siècles, sur la base de travaux de philosophes européens du 18ème siècle et du 19ème siècle, partiellement étayés par des références à des penseurs gréco-romains antiques, et à des penseurs de la Renaissance (qui ne se désignaient pas encore eux-mêmes comme humanistes).

    Mais malgré la qualité de ces sources, ce mouvement a rapidement révélé des faiblesses, notamment à travers les oppositions et les positions contradictoires de certains de ses principaux initiateurs. En 1846, par exemple, P-J. Proudhon utilisait politiquement le terme humanisme en tant que "doctrine qui prend pour fin la personne humaine", tout en s’opposant au fait que certains nouveaux humanistes tendaient à déifier l’espèce humaine, mais il se perdait dans des controverses de détail, notamment avec Ludwig Feuerbach qui voyait dans l'humanisme une religion de l'avenir, donc plus qu'une simple doctrine. Les apports ultérieurs du personnalisme et de l'existentialisme n'ont pas atténué la dilution de l'image publique de ce qui était revendiqué globalement comme humanisme, ni ses ambigüités en matière de religiosité. De plus, l'approche philosophique du fait humain et de l'Etre humain avait été souvent ambigüe, ou contradictoire, au 18ème siècle et pendant la Révolution française (1789), notamment parmi les encyclopédistes, Voltaire et Beccaria étant par exemple particulièrement contestés, et accusés d'hypocrisie utilitariste.

    Enfin, de multiples autres oppositions picrocholines ont nui à la cohérence conceptuelle des contributeurs de cette époque, qui ne prenaient pas encore assez en compte le sens évolutif profond et la trajectoire de l'humanisme historique, malgré leurs références à certains penseurs anciens. Il manquait une relation suffisante à l'intérêt général humain, et au développement prospectif de l'espèce. Et ses principaux contributeurs, presque exclusivement masculins, raisonnaient selon des schémas culturels occidentaux incompatibles avec ceux d'autres grandes cultures.

    Ce mouvement est resté affaibli par ses contours et ses contenus trop vagues ; Emile Littré, créateur d'un dictionnaire éponyme renommé, le définissait en 1874 comme une "théorie philosophique qui rattache le développement historique de l’humanité à l’humanité elle-même". D'autres définitions relevaient tout autant du truisme ou de la tautologie. Au cours du 20ème siècle, les faiblesses du mouvement se sont accentuées au lieu de se résorber, à cause notamment d’une cohérence restée insuffisante parmi ses contributeurs, mais aussi de graves aberrations futuro-technologistes (principalement trans-humanistes), et d’un centrage excessif sur l’Etre humain et la personne humaine (avec un personnalisme chrétien ambigü), sans réciprocité équilibrée et organisée avec l’ensemble humain évolutif.

    Dans ces conditions, des incompréhensions, puis des dérives et des abus, se sont succédés, jusqu'à ce que cet humanisme non-cohésif et imprécis soit finalement instrumentalisé par des lobbies manipulateurs pour produire une exemplarité socialement déstructurante, dissimulée dans un mélange "politiquement correct" de droit-de-l’hommisme et de laïcité hypocrites, aboutissant à de préoccupantes dissonances cognitives dans l'opinion publique, en contradiction avec la consistance pourtant structurante et auto-correctible du patrimoine culturel humaniste historique.

   Une reprise saine de la transmission de ce grand patrimoine a heureusement pu être réalisée depuis les années 1970 par le courant cohésif moderne de l’éco-humanisme, structurellement tenu à l’abri des impostures, des détournements, et des aberrations, grâce notamment à son organisation collective auto-régulatrice.  

 

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